Pour Charles, vivre veut dire oser

Chers amis,

Je vous invite à découvrir ce très bon article paru dans l’Opinion de jeudi 7 novembre et signé d’Alexandre Jardin.

A très vite,

Philippe Pemezec

 
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Pour Charles, vivre veut dire oser

Le gaullisme est mort, vive le charlisme !

Charles de Gaulle est mort samedi : le 9 novembre. Cette date anniversaire marque le début de son oeuvre véritable. Le gaullisme est mort, vive le charlisme ! La réjouissante manière d’être du chef des Français Libres est appelée, on le sent, à féconder la nôtre, à réenchanter notre façon d’être Français. En creux, c’est bien lui, Charles, qu’on ne cesse de voir dans le personnel politique qui, frétillant autour de nous, a tant de mal à viser haut et à se tenir droit, à incarner l’audace mousquetaire qui est bien le coeur du projet français. Le gaullisme eut les défauts et les limites inévitables des oeuvres temporelles, le charlisme reste un appel à ce qu’il y a d’insoumis en nous face au destin mauvais, un appel éternel à ne jamais coopérer avec l’inertie piteuse, avec le déshonneur et les forces rampantes de la petitesse.

Que nous dit Charles en cette veille du 9 novembre ? Il ne nous dit pas quoi faire mais qui être. Pour viser haut. Cet affranchi girafesque nous rappelle que son destin procéda de son caractère, pur effet de sa volonté. Ce zèbre aux rayures qui coïncident avec celles de la France nous enjoint de ne jamais penser l’événement dans le cadre bêtasson des doctrines dominantes. C’est un professeur d’indépendance, un maître de l’insurrection doctrinale, un ennemi personnel de toutes les doxa minables. Cet écrivain-né nous invite à nous créer nous-mêmes, à ne pas être les fils et les filles de notre milieu. Ses opinions amples ne furent pas celles de sa caste militaire, ses fréquentations bizarroïdes pas toujours celles de son milieu d’origine (Ah, l’énergumène Romain Gary !), ses fidélités pas celles des soldats inaptes à la saine rébellion. En s’auto-créant dans un livre ahurissant en 1932 – « Le fil de l’épée » – Charles inventa le personnage dont la France allait avoir besoin huit ans plus tard, ultérieurement connu sous le nom du « général de Gaulle ». C’est en écrivant que le rebelle se fit naître. Cette cible émouvante – tant de fois visée par les colères tricolores ! – nous rappelle que pour la France tous les risques personnels doivent être encourus. Cet irrégulier nous répète sur tous les tons qu’impossible n’est évidemment pas français, que l’exceptionnalité de la France est bien de rouler pour l’humanité – pas pour elle seule, ce serait mesquin – et que la grandeur nous est consubstantielle. Pas de France sans roman national hors-format ! Cette volonté sous un képi nous ordonne de nous prendre nous-mêmes comme point d’appui quand l’Etat perd la boule, quand il trahit le génie de la France. Ce proscrit de juin 1940 nous interdit de ne pas être responsable, de pratiquer la défausse, la petite dérobade personnelle. Charles le raide nous enseigne que la demi-mesure compassionnelle se retourne à tous coups contre l’intérêt général, que l’incapacité à trancher se retourne systématiquement contre le plus faible. Ce lucide obsessif espère nous voir considérer « les choses telles qu’elles sont », sans déni. Pour les accepter ? Non, afin de les défier frontalement ! Charles nous fait confiance pour boxer sans répit l’adversité, pour convoquer ce qui subsiste de d’Artagnan en nous. Le charlisme est une confiance illimitée dans la vitalité sans cesse remontante de notre grand peuple.

Mais l’essentiel est ailleurs : le charlisme est une joie phénoménale, celle de vivre sans abdiquer devant ses peurs, la jubilation de vivre au-delà de ses trouilles, de leur désobéir franchement. C’est pour cela que le charlisme restera à jamais un élan hors de soi, un dépassement de son moi exigu. De droite, l’animal gouverna avec les communistes. Colonialiste de réflexe, il décolonisa. Machiste de fibre, Charles donna le droit de vote aux femmes. Adepte instinctif de la responsabilité individuelle, il accompagna la création de la Sécurité sociale ! Ce Français vraiment libre eut le courage insigne de dissoudre son petit moi, ce piège trop séduisant qui nous étrique tous. Rien d’étréci ou de précautionneux chez ce zèbre démesuré, rien de fragmenté, d’effrayé par ce qui n’est pas lui. Toujours il embrasse la diversité française, toujours il étreint nos folies bariolées qu’il devine fécondes. Cet anormal de génie est l’antithèse de la peur actuelle qui nous abrutit, du principe de précaution que nous avons osé inscrire dans sa Constitution. Dans son esprit, vivre veut dire oser.

Nous sommes moins constitués de nos gènes que de nos admirations. Adorons donc follement cet enchanteur qui épousa la France. Vivons d’une joie toute charlienne ! Et le 9 novembre, commençons à dissoudre nos peurs. Le gaullisme est mort, vive le charlisme !

PS : Faites circuler cet article. Encharlisons l’époque !

Alexandre Jardin vient de publier chez Grasset « Mes trois zèbres ».

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